Cédric Delelée

MAN OF STEEL (Hans Zimmer/Sony)

In REVIEWS on juin 1, 2013 at 12:56

Man Of Steel (2013)

Man of Steel aura été l’occasion de constater que la stratégie de communication de Warner en termes de musique s’aligne désormais sur celle du film qu’elle accompagne, les extraits saucissonnés prenant la place des TV spots et les quelques morceaux dévoilés en entier celle des trailers. Résultat, on a déjà une idée assez précise  de ce à quoi ressemblera le score avant la sortie de l’album, ce qui donne envie d’en entendre plus soit parce qu’on a aimé, soit parce qu’on espère que le meilleur reste à venir. Il semblait en tout cas acquis que Hans Zimmer se soit éloigné du son de la trilogie Dark Knight pour créer quelque chose de totalement différent, le compositeur ayant répété à plusieurs reprises qu’il avait opté pour une approche certes moderne mais néanmoins portée sur l’Americana tout en étant très éloignée de celle adoptée par John Williams en 1978 pour le Superman de Richard Donner (et par extension de John Ottman dans Superman Returns). Profitons-en d’ailleurs pour évacuer d’emblée toute comparaison n’ayant pas lieu d’être : oui, Zimmer est incapable d’écrire comme son illustre aîné (et il est le premier à le reconnaître, au point d’avoir longuement hésité avant d’accepter de travailler avec Zack Snyder), et Man of Steel et Superman appartiennent à des époques et à des cinéastes différents, tout comme les Batman de Christopher Nolan n’ont rien à voir avec ceux de Tim Burton.
Une fois abstraction faite du poids écrasant de son glorieux prédécesseur, on peut aborder Man of Steel avec une oreille objective. On se gardera bien de porter un jugement définitif avant d’avoir vu le film et entendu la version 2-CD (qui propose une suite de plus de trente minutes à partir de laquelle Zimmer a créé son score et plusieurs morceaux supplémentaires), mais force est d’admettre que les premières écoutes de l’album sont assez frustrantes. Pas que la musique soit médiocre en soi (elle semble d’ailleurs véritablement « taillée » pour de l’IMAX 3D), mais parce qu’elle ne tient pas tout à fait ses promesses : il faut attendre les quatre derniers morceaux pour que l’album décolle vraiment et ce qui précède, hormis quelques sursauts, n’est pas toujours très convaincant et surtout absolument pas novateur, Zimmer y ressuscitant le style tonitruant dont il s’était fait le spécialiste dans les années 90 et ne pouvant pas s’empêcher de recycler un peu de Dark Knight (jusqu’au fameux son des ailes de chauve-souris… pour la cape ?). Mettant en avant, outre le fameux « mur sonore » cher au compositeur, des pedal steel guitars et une véritable armada de percussions (supervisées par Junkie XL) qui claquent tel le tonnerre (le tout secondé par des cisaillements de cordes et des nappes synthétiques qui déferlent parfois comme des vagues écumantes), une grande partie du score s’appuie sur un motif de deux notes (une constante chez Nolan, cf. The Dark Knight et Inception) emprunté à Birdy ( !) de Peter Gabriel et le manipule à loisir avec pas mal de gros son (guitares et grondements pseudo-symphoniques obligent, on pense à K2 et Broken Arrow) sur un rythme fast and furious qui ne reprend guère son souffle (sa brutalité évoque celle de King Arthur, dont on retrouve par ailleurs les motifs Saxons dans celui associé au général Zod) si ce n’est dans les passages introduisant les véritables thèmes principaux. On cherche encore où peut bien être l’Americana là-dedans, mais toujours est-il que leurs esquisses sont de toute beauté, notamment lorsqu’elles sont exprimées par le piano (avec un petit côté Thomas Newman très… 90’s), le violoncelle ou une voix et soutenues par des lignes harmoniques rappelant Outlander de Geoff Zanelli. Le premier de ces deux thèmes, celui de Clark Kent, d’abord intimiste et mélancolique, s’étoffe et prend une ampleur aérienne sur un rythme allant crescendo avec guitare à la Inception pour enfin devenir, dans un deuxième temps, celui de Superman, dans un style proche de la version symphonique du thème de X-Files de Fight the Future. Le dernier morceau de l’album reprend et développe celui entendu dans le trailer An Ideal of Hope, illustrant à merveille l’héroïsme de Kal-El et la vitesse prodigieuse de son vol. La vitesse, un élément essentiel de la partition, quitte à sacrifier un peu trop  l’émotion inhérente au personnage et à la grandeur de son destin, choses qu’on ne ressent de plein fouet que dans la dernière partie du CD. Mais avec quelle puissance !
On l’aura compris, la musique de Man of Steel risque fort de diviser, aussi bien pensée soit-elle (on reviendra dans l’analyse de la version 2-CD sur l’intelligence et la complexité de son écriture et sur son art de la fragmentation thématique). Mais elle gagne en richesse au fil des écoutes et ne pourra que s’épanouir qu’au contact (et après vision) des images pour lesquelles elle a été créée. Un travail d’équipe, encore une fois, puisqu’outre Junkie XL (crédité compositeur additionnel principal et qu’on retrouvera en solo l’année prochaine sur 300 : Rise of an Empire), Steve Mazzaro (Bullet in the Head) et Atli Orvarsson (The Eagle) ont prêté main-forte à Zimmer, qui a déjà fini Rush pour Ron Howard (« dont la musique se rapproche plus de Gladiator que de Days of Thunder», a-t-il confié) et travaille actuellement d’arrache-pied sur The Lone Rangerqui sera en quelque sorte la musique dont Rango était la parodie »). Avec une telle cadence de travail, on va finir par se demander s’il ne viendrait pas de Krypton !
(Merci à Hans Zimmer et Aisse Coulibaly)

  1. Excellent compte rendu ! Quand on a juste jeté une oreille aux courts extraits, ça donne une idée très précise de ce qui suit. Effectivement, j’imagine que ça ne peut qu’y gagner avec la version 2-CD…

  2. Heureusement qu ‘ il va y avoir une confrontation entre les adorateurs aveugle et con de John Williams et leurs pareils d coté de Zimmer , pour le film , ont verra la semaine prochaine , mais il y a un refus de changement de point de vu …. je ne parme pas d ‘ évolution , Darwin fais un salto dans sa tombe , mais il est logique que le travail de Zimmer soit incompris car il n ‘ est pas pour certain dans la  » bonne musique de film  » , il n ‘ est pas dans la bonne esthétique

  3. Un chef d’œuvre de plus au compteur de Zimmer, man of steel est dans la continuité de sa longue carrière musicale. On ne peut pas comparer deux maitres de la musique de film l’un appartient à son époque et au classicisme ultra référentiel, l’autre appartient à son époque mêlant ordinateur , samples et orchestration, les temps ont changé… Zimmer réussi, ici un tour de force en s’entourant d’une armada de batteurs les plus percutants, en alliant une orchestration menée par un Nick Glennie Smith éfficace. A la fois intime et flamboyant le man of steel de Zimmer est rondement mené une sorte de mix de gladiator, dark knight et inception … beau boulot !

  4. En train d ‘ écouté la version 2 CD et c ‘est remarquable , moins bourrin que Dark knight rise , plus proche de th dark knight en étant lumineux , bourrin quand c ‘est nécessaire et lumineux , un disque qui rend optimiste . Williams peux reposé en paix , pour Superman il à son successeur

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