Cédric Delelée

VENDREDI OU LA VIE SAUVAGE (Maurice Jarre/Music Box) – CENT MILLE DOLLARS AU SOLEIL/LES MORFALOUS (Georges Delerue/Universal) – THE RELIC (John Debney/La La Land) – HANSEL & GRETEL : WITCH HUNTERS (Atli Örvarsson/La La Land) – JOHN DIES AT THE END (Brian Tyler/La La Land) – DAVE (James Newton Howard/La La Land) – GLADIATOR (Jerry Goldsmith/Intrada) – IN COUNTRY (James Horner/Intrada) – THOSE CALLOWAYS (Max Steiner/Intrada) – PASSION (Pino Donaggio/Quartet)

In REVIEWS on mars 21, 2013 at 6:54

Vendredi_vie_sauvage_MBR020

Commençons par la France avec la réédition par le jeune label Music Box du score majestueux de Maurice Jarre pour la mini-série Vendredi ou la vie sauvage, agrémentée de vingt minutes inédites absentes du LP Prometheus sorti en 1987. Composée juste après celle de Shogun, la musique s’inscrit dans cette noble lignée et possède donc les atouts lyriques nécessaires pour enchanter tous les fans de Jarre en mode David  Lean.

Morfalous_3720861

Dans un genre assez similaire, Georges Delerue est une fois encore mis à l’honneur par Universal avec Cent Mille Dollars au Soleil, Les Morfalous et L’aîné des Ferchaux, les deux premiers étant rassemblés sur un seul CD et le troisième sur un autre (couplé avec Un Flic de Michel Colombier, les deux films étant signés Jean-Pierre Melville). Entre jazz et western, L’aîné des Ferchaux s’impose comme la vision musicale fantasmée d’une Amérique où le compositeur n’avait pas encore entamé une seconde carrière, tandis que Cent Mille Dollars au soleil et Les Morfalous, virils et ensoleillés, se la jouent plus brut de décoffrage, à l’image des films d’Henri Verneuil qu’ils illustrent.

Relic_LLLCD1237

Précédemment édité par son compositeur John Debney sous la forme d’un CD promo, The Relic est exhumé par LLL, qui y rajoute une vingtaine de minutes inédites, ce qui n’était pas forcément obligatoire étant donné la qualité discutable d’un score influencé (vite fait) par Alien et Predator mais tellement bourrin dans ses attaques plus synthétiques qu’orchestrales qu’il en devient abrutissant.

Hansel_gretel_LLLCD1241

Dans le genre (un peu moins) casse-burnes, on a aussi Hansel & Gretel : Witch Hunters, toujours chez LLL, dont on ne sauvera qu’un thème d’ouverture pompant allègrement le Success Montage du Wanted de Danny Elfman et le Double Trouble du Harry Potter and the Prisoner of Azkaban de John Williams, même si Atli Örvarsson, auteur du superbe The Eagle, reste un musicien bien plus intéressant que la plupart de ses confrères de Remote Control Productions.

John_dies_at_end_LLLCD1245

On pensait se consoler avec John Dies at the End de Brian Tyler, mais non : son rock progressif ponctué de plages de synthés atmosphériques et de guitares parfois spaghetti ressemble à du travail d’amateur, alors qu’on sait le compositeur capable de fort belles choses avec peu de moyens.

Dave_LLLCD1234

Heureusement, le label se rattrape avec une authentique merveille, Dave de James Newton Howard. Cela peut paraître surprenant, et d’ailleurs les béophiles ne semblent pas s’être jetés sur le CD. Et pourtant, quel score ! Bien que le film soit une comédie, on trouve dans la musique tout ce qui faisait la valeur du style de JNH dans les années 90 : un don insolent pour la mélodie qui chavire le cœur, une incroyable justesse dans le choix des orchestrations, une aisance inouïe pour esquiver le mickey-mousing, une fluidité de tous les instants dans l’écriture… Un véritable travail d’orfèvre, que traversent des envolées d’Americana dignes de Wyatt Earp et de The Postman et que la présence d’inédits absents de l’édition précédente métamorphosent en petit classique. 

Gladiator_Vol231

Attaquons-nous à Intrada avec tout d’abord Gladiator, un Jerry Goldsmith du tout début des années 90, refusé par la production du film pour être remplacé par du Brad Fiedel (il y a de quoi se vexer). D’un autre côté, on les comprend un peu, les producteurs, vu que la musique ressemble parfois à un mélange entre celle du Marginal et le générique de la sitcom Seinfeld. Un constat embarrassant, sauvé de justesse par l’intervention de cuivres à la Rocky qui ont le mérite de faire à peu près fonctionner les passages d’action (sportifs, puisque c’est de boxe qu’il s’agit dans le film).

In_Country_Vol230

On réservera donc la chose aux fans hardcore du compositeur, un peu comme pour In Country de James Horner, également édité par Intrada. Pas que le score soit médiocre, loin s’en faut : il est même superbe… sauf si on possède déjà celui du formidable Uncommon Valor, dont le thème élégiaque est ici repris note pour note. Certes, il est magnifique et s’impose même comme le plus bel hommage musical dont on puisse rêver aux vétérans du Vietnam, l’un d’entre eux étant le héros (comme tant d’autres, dit la VF) du film de Norman Jewison, tout comme c’était le cas chez Ted Kotcheff. Si on rajoute à ça les échos de Legends of the Fall, Thunderheart, The Perfect Storm, Field of Dreams et j’en passe, In Conntry ressemble donc à une très belle compil Horner, ce qui, par les temps qui courent, fait toujours un bien fou.

Those_calloways_Vol238

Un autre qui recyclait beaucoup, c’est Max Steiner, à qui Intrada s’intéresse pour la première fois avec Those Calloways, composé en 1965 pour un film Disney où un trappeur construit… un abri pour des oies. Il s’agit là du dernier score composé par Steiner pour le cinéma : autant dire que cette édition est un véritable document d’archive. D’une très grande richesse thématique, la musique est malheureusement aujourd’hui très datée et, pour tout dire, devait déjà l’être dans les années 60 puisqu’elle reste très littérale dans la gamme des émotions qu’elle exprime et des images qu’elle évoque, à savoir la tendresse familiale et la campagne de la Nouvelle-Angleterre (sans oublier les ours, les Indiens, et donc les oies). Les nostalgiques du Golden Age y trouveront leur compte : les autres risquent fort de ne pas aller au bout du CD, même si son écoute reste plaisante.

Passion_QRSM023

Puisqu’on est dans le daté, restons-y avec Passion (Quartet), où Pino Donaggio retrouve Brian De Palma vingt ans après Raising Cain et livre une partition atrocement kitsch où il tente vainement de retrouver la virtuosité opératique qui caractérisait son style dans les années 80. Les nostalgiques ne pourront manquer d’apprécier quelques élans où il semble encore y croire un peu, mais le cœur n’y est plus et ça s’entend. Le résultat est un album qu’on écoute en sachant parfaitement qu’il est affreusement mauvais mais que, bizarrement, on relance en espérant qu’il dissimule peut-être des trésors cachés. Au bout de cinq ou six fois, on finit par se convaincre que ce n’est pas si mal, après tout. Si c’est pas de la mauvaise foi, ça…

(Merci à Roger Feigelson & Regina Fake, Matt Verboys et Tom de La Baleine)

ALBUMS DISPONIBLES CHEZ CINEMUSIQUE, 60 RUE ALEXANDRE DUMAS, 75011 PARIS, 01 42 60 30 30, VPC ASSUREE.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :