Cédric Delelée

JACK THE GIANT SLAYER : INTERVIEW JOHN OTTMAN

In NEWS on mars 5, 2013 at 6:08

johnbryan
Bryan Singer et John Ottman

A l’occasion de la sortie de sa musique pour Jack The Giant Slayer, qui marque sa septième collaboration avec le réalisateur Bryan Singer après Public Access (1993), The Usual Suspects (1995), Apt Pupil (1998), X-Men 2 (2003), Superman Returns (2006) et Walkyrie (2008), le compositeur John Ottman, par ailleurs monteur et co-producteur du film,  nous livre ses secrets de fabrication.

ATTENTION : LA PREMIERE PARTIE DE CET ENTRETIEN EST DISPONIBLE DANS LE MAGAZINE MAD MOVIES N°261 DE MARS 2013

Combien de temps avez-vous consacré à l’écriture du score de Jack the Giant Slayer ?
J’ai pris la décision de m’y mettre environ cinq mois avant qu’on l’enregistre, ce qui ne veut pas dire que j’ai disposé de toute cette période puisque j’étais fréquemment occupé et déconcentré par les projections-test, les réunions, les ajustements de montage, la gestion des effets visuels, etc. Du coup, je ne suis pas sûr de savoir combien de temps j’ai passé sur l’écriture du score proprement dite.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le fait d’être à la fois le monteur et le compositeur du film ? Commencez-vous à écrire avant de monter, par exemple à partir du scénario, ou attendez-vous que le montage soit plus ou moins finalisé ?
Je ne commence pas à composer avant d’avoir un premier montage du film. Monter un film pendant son tournage, c’est quelque chose qui occupe tout votre temps. Même si je le voulais, je ne pourrais pas me mettre aux claviers pour écrire ne serait-ce qu’une note avant d’avoir un montage sur lequel il soit possible de travailler.

Quelle est la structure thématique du score, et comment les thèmes interagissent-ils entre eux ?
Le film parle de la lutte du bien contre le mal, avec une histoire d’amour, autrement dit de thèmes immortels qui m’ont permis d’écrire une musique très premier degré. Les deux thèmes principaux sont, bien sûr, ceux de Jack et le love theme, qui est aussi celui d’Isabelle. A l’origine, c’est celui-là qui devait porter le score, mais je me suis rendu compte en cours d’écriture que tout le film devait être vu à travers les yeux de Jack. C’est comme ça que le love theme est devenu celui d’Isabelle. Je les ai parfois échangés, comme pour la scène où ils se rencontrent pour la première fois dans la maison de Jack et celle où on leur raconte des histoires alors qu’ils sont enfants. Le thème de Jack devait être plein de cœur, car on parle d’un pauvre orphelin élevé par son grincheux d’oncle. Il devait également impliquer de l’espoir et être suffisamment flexible pour devenir héroïque et triomphant. La couronne magique possède elle aussi son propre thème : il reflète le sens du merveilleux, la bienveillance, avec des arpèges et un choeur. Le motif associé au bad guy Roderick, que j’ai écarté de l’album, est caractérisé par un tympanon et des montées de cordes et complété par un autre, plus excentrique dira-t-on, avec des tremolos et des pizzicati censés figurer les mécanismes qui tournent dans son cerveau machiavélique. Il y a aussi un bref motif, à la fois magique et malveillant, pour les haricots. Quant aux géants, ils n’ont pas vraiment de thème, mais je tenais à ce que leur présence soit immédiatement identifiable, un peu comme pour le thème de Jaws : quand vous l’entendez, vous savez que le requin est dans les parages ! J’ai donc créé un motif qu’on a fini par appeler le « boom/clack » : il est joué par des tambours japonais qu’on frappe avec des baguettes sur la peau puis sur les côtés, puis on a doublé ce son avec une grosse caisse et des bois et des vents dissonants joués de façon assez agressive.

Pouvez-vous nous parler de la manière dont vous collaborez avec vos orchestrateurs ?

J’écris chaque partition jusqu’à la dernière note, sinon je serais dans l’impossibilité de présenter une démo détaillée à Bryan. Cela dit, dans le cas d’un score orchestral comme Jack, il arrive que je manque de temps et ils interviennent pour défricher ma partition en réalignant les indications de mesures et de tempo qui se promènent un peu partout. Ca laisse peu de place à la créativité, mais leur travail est très compliqué. Si je suis vraiment submergé, je m’efforce de confier la composition d’un ou deux morceaux à des assistants avec qui j’ai l’habitude de travailler, mais c’est à leurs risques et périls parce que je finis toujours par leur demander de les réécrire une dizaine de fois ! Ca m’angoisse de refiler le boulot à quelqu’un d’autre, parce que c’est mon style d’écriture qui est en jeu : j’ai un son, une approche bien particuliers qui est difficile à imiter. Le pire serait que le résultat sonne comme une imitation qui ne vienne pas de moi !

Comment s’exprime Bryan Singer pour vous dire ce qu’il veut comme musique ? Est-ce qu’il s’adresse à vous en termes narratifs et émotionnels ou de manière plus technique, en suggérant certains types d’orchestrations ?

En fait, Bryan réagit à la musique que j’ai mise dans le film et me dit si ça lui plaît ou pas. Si j’arrive à le faire rentrer dans l’histoire grâce à la musique, il aimera, parfois un peu trop d’ailleurs ! Et Dieu merci, quand il parle de musique, c’est uniquement en termes d’émotion !

Ca vous a fait quel effet d’entendre de la musique pop sur le dernier trailer du film ?
Celui d’entendre des ongles crisser sur un tableau noir ! Ce n’est pas la première fois que la musique d’un trailer n’est pas celle du film, mais quand ils essaient de séduire un public jeune et de se la jouer cool de cette façon, ça ne lui rend pas service. Mais peut-être que ça fonctionne, allez savoir…

Sur quel type de projet rêvez-vous de travailler ?
Sur un film avec deux personnes qui se parlent dans un parc et qui ne réclame que cinq minutes de score ! Plus sérieusement, j’aimerais obtenir des projets dans le genre de ceux qui sont toujours confiés à Alexandre Desplat. J’aime sa musique, ce qu’il fait est complètement dans mes cordes, mais je n’en ai pas encore eu l’opportunité. Etre enfermé pendant des périodes de montage allant jusqu’à deux ans n’a sans doute pas aidé…

Propos recueillis et traduits par Cédric Delelée – VERY SPECIAL THANKS TO JOHN OTTMAN

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