Cédric Delelée

GOOD WILL HUNTING (Danny Elfman/Music Box Records)

In REVIEWS on mars 10, 2014 at 2:57  

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Fut une époque où Danny Elfman raisonnait plus en termes mélodiques qu’en efficacité brute : composé en 1997 pour le gentil mélo de Gus Van Sant qui valut l’Oscar du meilleur scénario au tandem Ben Affleck/Matt Damon, Good Will Hunting joue sur ce terrain et marque la première entrée du compositeur sur le label Music Box Records (MBR pour les intimes), qui semble s’intéresser de plus en plus à la musique de film hollywoodienne, ce dont on ne se plaindra pas au vu de leurs choix éditoriaux (cf. leur belle réédition de Fitzwilly de John Williams). Située à Boston, haut lieu de la communauté irlandaise aux Etats-Unis, l’histoire du film convoque en toute logique les influences celtiques qu’Elfman avait déjà employées de fort belle manière dans Black Beauty trois ans plus tôt, ce qui devrait suffire à séduire les nombreux béophiles adeptes de cette tradition musicale ô combien poétique. Le pennywhistle est ainsi accompagné par une guitare sèche et d’angéliques essors choraux dans un Main Title lumineux qui donne le ton de la partition : faite de mélancolie automnale, ciselée par des orchestrations limpides évoquant celles de Thomas Pasatieri pour Thomas Newman (bien qu’il s’agisse ici du fidèle Steve Bartek et de Mark McKenzie), ponctuée d’écarts dramatiques qui frôlent la dissonance avant de remettre le cap sur des sentiers plus fleuris, elle ne possède pas la densité de Dolores Claiborne, sommet de la dramaturgie Elfmanienne, mais sonne un peu comme une relecture un brin torturée (et plus orchestrale) de Dead Poets Society de Maurice Jarre. Le film faisait également appel à d’admirables chansons folk du regretté Elliott Smith dont une arrangée par Elfman, qu’on situera quelque part entre John Lennon et Damien Rice et qui viennent compléter le score en fin de CD, épousant idéalement ses rayons de soleil et ses ombres portées.
(Merci à Laurent Lafarge et Cyril Durand-Roger)

http://www.musicbox-records.com/fr/catalogue-cd/60-good-will-hunting.html

BREAKFAST AT TIFFANY’S (Henry Mancini/Intrada)

In REVIEWS on février 19, 2014 at 4:43  

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D’une élégance aussi rare que précieuse, la musique originale de Breakfast at Tiffany’s n’était sortie que sous la forme d’un album réenregistré par Henry Mancini ne mettant en avant que la version instrumentale de la fameuse chanson Moon River et des arrangements du score ou de la source music très easy listening, ainsi qu’il était de coutume dans les années 60 pour toute comédie romantique à succès (John Barry et John Williams s’y employèrent également). Plus d’un demi-siècle après, Intrada corrige le tir avec, outre la chanson telle que l’interprétait Audrey Hepburn et les versions complètes des morceaux big band, tout ce qui avait été ignoré sur les éditions précédentes, à savoir une dose conséquente de passages dramatiques ornés de couleurs certes jazzy mais nettement plus sombres et mélancoliques que ce qu’on connaissait jusqu’ici. Le seul ennui, c’est que par la force des choses Moon River est repris jusqu’à plus soif sous diverses formes, et que le label a jugé bon d’en rajouter une couche dans les bonus tracks. Bref, mieux vaut adorer cette mélodie ô combien romantique sous peine de trouver l’album excessivement redondant, malgré la présence d’inédits de fort belle allure (les orchestrations sont un véritable délice) qui font de ce bijou de glamour sixties un emblème de la classe incarnée. A la fois lyrique, feutrée, langoureuse et rythmée, la partition de Mancini déploie un charme capiteux qui n’appartient qu’à son époque et qui accuse très bien son âge. Intrada ayant déjà édité Charade, on espère qu’Arabesque se trouve sur la liste de leurs futurs projets.
(Merci à Regina Fake et Roger Feigelson)

http://store.intrada.com/s.nl/it.A/id.8320/.f

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TOUGH GUYS DON’T DANCE (Angelo Badalamenti/Music Box Records)

In REVIEWS on février 6, 2014 at 4:06  

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Compositeur d’élection de David Lynch, Angelo Badalamenti signa dans les 80′s une poignée de scores dignes d’intérêt (Cousins, The Comfort of Strangers), mais jamais rien qui tutoie la perfection formelle de ce fabuleux Tough Guys Don’t Dance, écrit au tout début de sa carrière dans le cinéma pour un film noir unique en son genre réalisé par Norman Mailer pour la Cannon. Excessif et déviant, le spectacle évoque parfois Brian De Palma et on ne sera donc guère surpris que le style de la musique rappelle furieusement celui de Pino Donaggio, avec ses cordes lancinantes délivrant un (love) thème à la mélodie cantabile et ses accès de suspense ténébreux aux explosions de cuivres atonales. Mais la partition est loin de se limiter à ce parallèle, puisqu’elle bifurque également vers l’impressionnisme à la Ravel (Lonely Madden et ses chœurs envoûtants), le classicisme Elgarien ou celui de la période baroque (présence étrange, macabre et raffinée du clavecin). On peut sans l’ombre d’un doute parler ici de musique Hitchcockienne, avec tout ce que ça implique de suspense romanesque et d’éclats de violence, et l’essence à la fois ironique et distinguée de la partition va parfois jusqu’à évoquer celle de John Williams pour Family Plot. Le score est complété par deux chansons, l’une typique de la variété pop eighties à la Bonnie Tyler et accompagnée par sa version instrumentale, l’autre, plus country crooner, reprenant la mélodie du thème principal. L’album édité par MBR, en plus de reproduire le contenu du LP Varèse de 1987 avec une prise de son nettement améliorée, propose sept morceaux inédits totalisant un peu plus de dix minutes, le tout complété par un livret de douze pages. Ne passez pas à côté de cette réédition inattendue : même si on n’est pas fan de Badalamenti, il s’agit carrément d’un joyau addictif de la musique de film des années 80.

http://www.musicbox-records.com/fr/catalogue-cd/55-tough-guys-don-t-dance.html

(Merci à Laurent Lafarge)

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